Nous pourrions aider nos concitoyens !

Sauver-des-viesArrivée de familles et d’enfants sans logis sans amis sans école

PB070218300 chambres libres à Dieulefit : les financiers nous ont volé le plus beau patrimoine Dieulefitois. On a de la place !

Soyons justes au pays des justes !
. Au nom de « l’extrême urgence » de la situation des migrants et des tensions croissantes dans le Calaisis, la préfecture a ordonné aux migrants vivant sur la zone sud du bidonville de Calais de quitter les lieux.

Pourquoi vous opposez-vous à l’évacuation d’une partie de ce bidonville ?

François Guennoc Nous ne voulons pas maintenir le bidonville, qui n’est évidemment pas une solution durable. Mais nous sommes très opposés à l’éviction qui se prépare. Les solutions offertes aujourd’hui sont insuffisantes en quantité et en qualité. Il n’y a que 300 places disponibles dans le camp de conteneurs installé par l’État, qui s’apprête à évacuer 3 450 personnes de la zone sud du bidonville, selon notre propre recensement. Et l’on ne peut se satisfaire de ces conteneurs, où l’on ne peut rester que debout ou allongé. Il n’y a pas d’espace intime ou de convivialité, ni de vie culturelle ou religieuse. Beaucoup de migrants ne veulent y aller. Quant aux départs vers les centres d’accueil et d’orientation (CAO), disséminés sur le territoire, ils se font au compte-gouttes, environ une centaine par semaine.

Pourquoi ?

François Guennoc Les informations circulent vite entre les réfugiés. Beaucoup savent désormais que ces centres se situent, pour la plupart, dans des zones isolées, et ne leur sont proposées que pour une courte durée. Certains CAO, il faut le dire, fonctionnent bien, avec une forte présence d’associations qui accompagnent les migrants dans leur projet : demander l’asile, repartir au pays, travailler le rapprochement familial avec un proche en Grande-Bretagne… Mais ce n’est pas le cas partout. Certains préfets ont sorti les réfugiés des CAO pour les mettre à l’hôtel sans le moindre accompagnement avant de les placer en centre de rétention. Une partie d’entre eux sont expulsables, en vertu du règlement de Dublin, et peuvent être renvoyés vers le premier pays d’entrée dans l’Union européenne. Les réfugiés ont peur de cela. Un des problèmes qui nous préoccupe le plus, c’est la situation des 400 mineurs non accompagnés de la « jungle ». L’État ne prévoit pas la scolarisation des enfants dans le centre Jules-Ferry, ni dans les conteneurs.

Bernard Cazeneuve, qui a visité hier un CAO, a rappelé que « l’État n’avait jamais déployé autant d’efforts humanitaires » à Calais.

François Guennoc On ne peut le nier. L’ouverture du centre Jules-Ferry pour accueillir les femmes et les enfants, la distribution d’environ 2 000 repas par jour, la mise à disposition de douches, de points pour recharger les téléphones, c’est positif. Mais évacuer la zone sud, où se trouvent les deux tiers de la population du camp, ne va pas améliorer le problème, mais le disperser. Certains migrants vont se réfugier dans des maisons vides à Calais, d’autres vont se cacher dans les bois, dans les dunes ou grossir d’autres camps de la région. Près de 60 personnes sont arrivées en deux jours à Norrent-Fontes et d’autres ont déjà rejoint Isbergues. D’autres iront à Dieppe ou Zeebruges. Cela ne fera qu’entraîner de la violence. À chaque fois, c’est la même chose. Les policiers mobilisés sur le bidonville ne peuvent être mobilisés pour assurer la sécurité publique, explique la préfète, mais ces mêmes policiers seront contraints, après l’expulsion, de faire la chasse aux migrants pour les empêcher de planter une tente, d’investir une maison vide… Le gouvernement a une approche médiatique et politique. Il va dans le sens de ce que demande une partie de la population calaisienne, de la droite et de l’extrême droite, en répondant par la force, et ce afin de montrer qu’il maîtrise la situation. Il veut prouver sa politique dite « de fermeté et d’humanité ». L’humanité, c’est les conteneurs, les CAO et le centre Jules-Ferry, et la fermeté, c’est l’expulsion. Mais les arrêtés d’expulsions à répétition ne font pas de véritables solutions. On ne fait pas une politique à coup de bulldozer.

Que faudrait-il faire ? Les laisser passer en Grande-Bretagne ?

François Guennoc Ceux qui veulent toujours passer en Grande-Bretagne ont de bonnes raisons de le faire. Ils parlent anglais, et non français, et ont bien souvent des parents ou des amis déjà installés là-bas. Ils savent également qu’ils ont plus de chance de trouver un travail et de s’intégrer outre-Manche qu’en France, où l’accueil ne leur donne clairement pas envie de rester. Une solution durable ne sera donc qu’européenne. Il faut revoir les accords de Dublin et renégocier les accords du Touquet, en particulier pour régler la question des mineurs isolés. Lorsqu’ils ont de la famille en Angleterre, ils devraient bénéficier d’une prise en charge et d’un billet de ferry pour traverser la Manche.

Et que doit faire l’État à Calais ?

François Guennoc Pour résoudre le problème, il faut d’abord suspendre l’expulsion, et mettre tout le monde autour de la table. Des solutions existent. Elles sont prévues par nos textes, et des préconisations ont récemment été effectuées par le Défenseur de droits. L’État doit les mettre en place en travaillant avec les associations, et non en détruisant leur travail. C’est grâce à elles, et aux 6 000 bénévoles venus dans la « jungle », que l’on retrouve dans la zone sud le plus d’accès aux droits, de services pour aider les migrants, des écoles, une maison des femmes, etc. Nous ne pouvons accepter qu’il détruise tout ce travail. Plutôt que de mépriser le travail des associations, ou de les utiliser, l’État ferait mieux de travailler avec elles pour supprimer le bidonville, mais en prenant le temps nécessaire pour trouver de vraies solutions.

François Guennoc est Secrétaire de l’Auberge des migrants

 

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